Fistera... Les voyages sans voyager (c) Alain Demaret 2018

Les voyages… sans voyager

Les voyages sans voyager, quelle incongruité. Pourtant, pendant cette année de confinement et de privation de liberté, je n’ai fait que ça !

En un coup d’œil

Ah, mes amis, quelle année nous venons de vivre ! Une petite bête microscopique a réussi à “arrêter la planète de tourner rond”. En Belgique, le confinement est resté soft. Pas besoin de papiers pour se promener en rue, une bonne raison suffisait pour sortir de chez soi.

J’ai un avis et je préfère ne pas le partager. Je ne suis pas virologue, encore moins astrologue ou décideur de haut niveau pour m’exprimer. J’avoue que j’ai entendu assez de pseudospécialistes, de théoriciens du complot et de vrais scientifiques pour le reste de ma vie. Ils ne présentent aucun consensus. Chacun présente un scénario différent des autres. À tel point que je ne sais trop qui ou que croire.

 

Donc quand j’ai appris que Lenou (lenouinitalia) voulait organiser un carnaval d’articles autour des voyages… sans voyager, je me suis dit : “ça, c’est pour moi“. L’occasion de s’évader et de parler d’autre chose. Alors voici ma modeste contribution. 

Ma première astuce pour voyager

Eh bien, croyez-moi ou non, ma première astuce pour m’évader sans bouger, c’est la marche. À deux pas de la maison, pour arriver au boulot, en allant au magasin… Je marche. 

Mais bon, j’ai un truc dans la tête qui s’est réglé sur ce mode de transport lent. Cela s’est passé un peu après mon retour de Saint-Jacques-de-Compostelle. Rien de mystique, vous pouvez continuer à lire. 

En reprenant le train-train quotidien, j’ai pris conscience de la chance que j’avais eue. D’abord, j’ai pu partir. Avec un collègue, on a arrangé mes horaires de boulot. Quand on veut vraiment, on ne cherche pas d’excuse, on trouve des solutions. Mais c’est surtout la redécouverte de la marche en elle-même qui m’a émerveillé.

Ma rue à 2h du matin (c) Alain Demaret

Marcher, c’est se déplacer à une allure qui est compatible avec tous nos sens. On sent le sol à chaque pas, on voit tous les jolis détails que la vie nous offre, on entend des sons mélodieux, on sent l’odeur de l’endroit où l’on passe et on goûte même parfois…

Alors quand on nous a assigné à résidence, je suis ressorti de chez moi pour voir ma région, la Hesbaye, comme j’avais vu le Pays basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice, à pied. Elle est toujours belle, cette terre agricole qui vit au rythme des saisons J’ai retrouvé les pâquerettes et les coquelicots de mon enfance. Les oiseaux migrateurs font toujours escale dans le petit bois après le cimetière… Chaque saison possède son odeur. Tout comme la pluie et le vent du Nord. Quel bonheur de redécouvrir tout ça.

Lever le nez en ville

J’ai la chance de ne pas être trop loin de la ville de Liège. À peine vingt kilomètres. J’ai effacé la distance à pied, une fois, avec un retour en train. En ville, on a le droit de fréquenter quelques commerces ou d’effectuer des démarches administratives.

Même là, j’ai adopté des habitudes de randonneurs. J’observe les façades et je découvre des secrets qui ne sont pas si cachés que ça. Notre vie trépidante nous cache bien des choses. Ainsi, j’ai découvert qu’une grande enseigne de vêtements avait pris possession d’un ancien cinéma. On le sait, car le fronton de la salle de spectacle est encore bien visible. Préservé même ! Mais je n’avais jamais levé les yeux assez haut pour m’en rendre compte.

Pont de Fragnée (c) Alain Demaret

Un autre atout de Liège, c’est la Meuse. Le fleuve traverse le territoire et procure des kilomètres de berges que l’on peut fréquenter à l’envi. Avec le couvre-feu à 22 heures, je peux même m’aventurer sur ces sentiers à la nuit tombée. Le tout est d’être à ma voiture à 21 h 30 pour effectuer le chemin du retour. 

Ces déplacements ne sont pas vraiment des voyages, mais je les effectue avec la même curiosité que lorsque je découvre une nouvelle capitale ou un petit village perdu au milieu du Béarn.

Voyager à travers les livres

Pendant cette période d’incertitude, j’ai fait avec. Je me suis laissé emprisonner à l’intérieur de ces lignes invisibles que l’on appelle frontières. Et j’ai surtout retrouvé ce qui fut ma première façon de voyager.

Je m’y suis pris tout simplement. Je me suis replongé dans mon enfance pour me réinitier aux moyens que j’avais de voir le monde. Sachez qu’à 10 ou 11 ans, j’avais déjà bouclé plusieurs fois le tour de la planète. Oh, pas en kilomètres, mais en mots. Ceux de ces auteurs qui ont embelli ma jeunesse.

Je me suis revu, tout gamin, assis sur la pelouse, en plein hiver, dans la neige, au milieu du jardin, un Jules Verne à la main. Caché du vent et du regard des voisins j’arrivais à m’évader pour prendre le large sur un trois-mâts avec Jim Hawkins ou accompagner Michel Strogoff dans les plaines de Russie.

Lire pour voyager sans bouger (c) Aaron Burden (Unsplash)

Étet comme hiver, j’aimais lire en plein air, adossé à un arbre par exemple. Quand il avait neigé, je faisais attention de toujours marcher dans mes traces pour ne pas souiller, plus que nécessaire, la blancheur du manteau poudreux. J’avais retrouvé le sac de couchage de mon père, et je m’y enfonçais pour une ou deux heures de lecture sous un soleil glacé. Une photo de ces moments-là existe, mais elle s’est égarée.

C’est ainsi que j’ai relu avec plaisir et nostalgie “Les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn”. J’ai refait le tour du monde avec Philéas Fogg et le Capitaine Nemo. Jack London a aussi été de la partie ainsi que Alain de Prèle ou le fameux Armand Lavarède de Paul d’Ivoi. 

Les saveurs à la rescousse

Comme marcheur au long cours, je suis très attaché à la cuisine des endroits que je traverse. À quatre ou cinq kilomètres à l’heure, on ne découvre pas une région, on la vit. Avec son climat, la barrière de la langue, mais surtout, sa cuisine. 

Du pain du Chorizzo, une bananete une orange... un goût d'Espagne pour moi (c) Alain DemaretSi je voyage lentement, c’est que j’aime rencontrer des gens, leur parler et les écouter surtout. Souvent, lors d’un échange, j’essaie de me faire inviter pour partager un repas dans une maison modeste. C’est là que se trouve le vrai terroir. Cuisiner des produits locaux et de saisons, parce que ce sont les moins chers du marché, c’est le quotidien de ces familles. En échange, je leur concocte un repas typique de ma belle région liégeoise. Trouver les ingrédients d’une potée au carottes ou d’une potée liégeoise n’est guère difficile.

Passer du temps en cuisine me permet d’apprendre les saveurs et de reproduire les plats une fois rentré chez moi. Préparer ce que j’ai goûté sur la route est une manière de partager mon quotidien de nomade avec mes proches.

Eh bien, pendant le confinement j’ai rejoué quelques-unes de mes partitions culinaires favorites. Les Tagliatelles al vongole cuisinées à la façon de mon ami Toto, en Italie. Les choux farcis ou les raviolis à la crème confectionnés par Olena, à Mizghiria en Ukraine.

Les lihapiirakka de Turku en FinlandeLe Kalakukko de Mirja près de Jyvaskyla et les Lihapiirakka de Païvi à Turku en Finlande.

Et plus simplement le sandwich au saucisson (al salsichon) préparé et mangé sur une roche du côté de Santander en Espagne. Ou la saucisse curry berlinoise engoufrée sur le marché de Noël de la capitale allemande. Sans oublier le petit pain à la sardine pris sur le pouce à Amsterdam.

Que de souvenirs pour mes papilles. Quelles meilleures façons de voyager quand on recrée ces saveurs-là, à la maison.

Comme tout le monde

Et puis j’ai fait comme tout le monde, je crois. J’ai réalisé quelques économies en me déplaçant moins, donc je peux faire des projets de voyages pharaonesques pour la réouverture des frontières. La Mongolie après avoir été annulée en août dernier est de nouveau au programme avec plus de détails et une meilleure préparation. De même qu’un challenge de marche sur l’ile de Wight au printemps et le Chemin Stevenson dans les Cévennes.

Marcheur et amateur de bivouac, j’ai mis plus de soin qu’à l’habitude pour nettoyer et entretenir mon matériel. Ces mois d’inaction m’ont quand même procuré de bonnes choses. J’ai vraiment bichonné mon matos. Par exemple, j’ai pris le temps de réparer ce qui devait l’être plutôt que de remplacer par du neuf (encore des économies). J’en ai aussi profité pour apporter quelques modifications – prévues, mais toujours reportées – à mon sac à dos.

Je suis aussi en train de me former aux plantes sauvages comestibles de manière à pouvoir être de plus en plus autonome sur les sentiers où je recherche un peu de solitude.

Voilà comment j’ai voyagé ces derniers mois… Je suis resté en contact avec des amis voyageurs via leurs blogs respectifs. Je me suis occupé de mon matériel et j’ai préparé la réouverture des frontières en organisant l’après Covid.

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