Santiago de Compostela (c) Alain Demaret

Compostelle 1 – Pourquoi le Camino del Norte ?

Pourquoi le Camino del Norte ? Je voulais être près de la mer, le Chemin du Nord suit de près la côte Atlantique de l’Espagne. Je suis parti de Lourdes, un départ symbolique qui n’a rien de religieux.

En un coup d’œil

Suite à un accident de travail, et sur les conseil du corps médical, j’ai décidé de réaliser un vieux rêve. Je suis reparti sur les routes, à pied. Destination : Saint-Jacques de Compostelle.

En route sur ordre médical

C’était en novembre 2017, avec un collègue, nous avons été exposés à des vapeurs délétères. Passons cet épisode pénible et allons à l’essentiel. Pour éliminer les substances toxiques qui stagnaient dans mes poumons, le pneumologue m’avait conseillé de m’aérer au maximum. Chaque week-end, j’ai donc arpenté les itinéraires balisés par les clubs de marche en Belgique et aux Pays-Bas. Dix puis quinze kilomètres au début. Vingt et trente ensuite.

Revenir sur les routes a réveillé de vieux souvenirs. L’envie de réaliser un parcours mytique est réapparue. Marcher, vagabonder et rencontrer de nouvelles personnes était essentiel. Les souvenirs des pérégrinations de mon adolescence ont refait surface.

Il y a trente ans, quand j’ai éprouvé le besoin de voyager, j’ai eu le sentiment l’impression qu’il fallait faire mes preuves. Mon premier long périple a été le mythique “Paris-Istanbul” en auto-stop, comme le préconisait l’incontournable Manuel du Routard. Parcourir les routes mythiques est resté sur ma liste de projets. Et cet accident était le prétexte à repartir sur les routes, sac au dos et bâton de pèlerin à la main.

Saint-Jacques-de-Compostelle, me voici !

C’est comme ça j’ai fait germer l’idée de rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle. Mes jambes voulaient me porter et moi je rêvais de grands espaces. En janvier 2018, la décision était prise. Je me suis arrangé avec mon employeur pour enchaîner six semaines de congé entre avril et juin et j’ai débuté la préparation. Dès le mois début du mois de mars, je retrouvais de bonnes sensations et une allure acceptable. Je savais que j’atteindrais Santiago avant la fin mai.

Fléchage sur le chemin de Compostelle (c) Alain DemaretJ’ai d’abord assisté à une séance d’informations organisée par les Amis de Saint-Jacques, une association jacquaire belge qui se réunit chaque premier jeudi du mois à Jette, dans la périphérie bruxelloise. J’y ai pris connaissance de la liste de matériel à emporter, des différents itinéraires possibles, des possibilités d’hébergement tout au long du trajet… J’ai aussi rencontré des tas de gens qui avaient déjà parcouru cette route. Ils m’ont confié leurs anecdotes et une foule de détails pratiques pour toute personne qui désire s’engager sur le chemin du pèlerinage.

Un planning au centimètre

S’il ne m’a fallu que peu de temps pour me décider, la préparation a été minutieuse. Je me suis entraîné à la marche chaque week-end. J’ai parcouru le Wildnis Trail,  au cœur de l’Eiffel allemand, en trois jours. J’ai continué à marcher tous les week-ends.

Puis j’ai planifié mon itinéraire dans les moindres détails. Du choix du parcours aux différents endroits où dormir et se ravitailler. Tout a été répertorié.

Pourtant, d’expérience, je savais que je ne suivrais probablement pas du tout ce planning. L’avantage du document, c’est de disposer d’une information complète à portée de la main.

Entre Asson et Arudy (c) Alain Demaret

Je n’avais laissé aucune place à l’improvisation, mais je savais que je pourrais déroger au planning à chaque instant. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait dès le premier jour. En partant de Lourdes, j’avais prévu de m’arrêter à Asson, où un gîte accueillait les pèlerins. J’avais programmé d’importants dénivelés que je n’ai jamais rencontrés. Je suis resté toute la journée sensiblement à la même altitude. Il pleuvait, mais je ne me suis pas fatigué et j’avais de longues distances dans les jambes.

J’étais en forme et tout allait bien. J’ai consulté mon programme et j’ai vu que je pouvais rallonger un peu l’étape. Cinq puis dix puis quinze et finalement dix-huit kilomètres en plus. Je me suis arrêté à Arudy, chez le curé de la paroisse. Une quinzaine de kilomètres d’avance, une nuit de repos au calme et une forme olympique le lendemain matin. Que demander de plus ?

Arudy, première étape (c) Alain DemaretPlus tard, sur le chemin, j’ai raccourci certaines étapes, je suis allé visiter des églises en faisant de légers détours. Mais toujours, je savais où j’étais et comment conserver un rythme idéal pour arriver au bout en pleine forme.

Pourquoi Lourdes ?

Lourdes se situe à environ 1.000 km de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans mon souvenir, Lourdes est la seule destination que ma très chère grand-mère, Louise, ait rejointe en dehors des frontières belges. Croyante, c’était pour elle un lieu magique. C’est en sa mémoire que j’ai choisi de partir de là. Mais pas que…

Notre Dame de Lourdes (c) Alain Demaret

Comme je ne voulais pas marcher pour rien, j’ai aussi choisi de parrainer mon pèlerinage. J’avais dans l’optique de ramener mille euros à une association qui s’occupe de jeunes adultes handicapés.

Départ de Lourdes (c) Alain DemaretÀ Waremme, ma ville natale, le Haut Regard est un service d’accueil pour adultes présentant une déficience intellectuelle légère à modérée. J’avais déjà vu travailler les résidents et les animateurs et cela m’avait touché.

Mille euros pour mille kilomètres, la distance entre Lourdes et Saint-Jacques-de-Compostelle par le Camino del Norte. Au final, le GPS et le podomètre se mettront d’accord pour affirmer que j’ai parcouru environ 1,054 kilomètres. Le portefeuille, lui, n’a pas suivi, j’ai reversé près de 800 euros à l’association. C’est mieux que rien, mais n’avoir pas atteint mon but financier est quand même un peu décevant.

Rejoindre le départ

Mon sac le jour du départ dans le train vers Liège (c) Alain Demaret

Me voilà au jour J -1. Mon sac à dos est rempli de l’essentiel. Il pèse 11 kg avec deux litres d’eau dans la poche interne. Le portage est agréable et j’estime que c’est un bon poids. Spoiler alerte : je renverrai deux bons kilos par la poste à Lourdes.

Mon père et ma compagne sont à la gare de Waremme, ma ville natale. Les adieux sont courts, le train arrive déjà. Destination la gare de Liège où une voiture m’attend. Un trajet Blablacar jusqu’à Paris, porte d’Orléans. Puis ce sera la gare des bus de Paris Bercy. J’y prendrai un Flixbus qui roule de nuit à destination de Lourdes. La logistique suit. Je profite de cette halte à Paris pour m’acheter un sweater dans une friperie. Il faut toujours offrir une seconde vie aux objets. C’était prévu, coût de l’achat : 5 €.

Je suis parti le 15 avril de Waremme, alors que la France était en pleine crise des Gilets jaunes. Les trains étaient à l’arrêt, le métro de Paris connaissait de fortes perturbations. C’est donc à pied que j’ai rejoint la gare de Bercy au départ de la porte d’Orléans.

Le Parc Montsouris et la rue de Tolbiac

En arrivant à Paris, peu de transports en commun et surtout, pas le train prévu. Souvenez-vous, c’était la périodes des grandes grêves et des Gilets Jaunes. Comme j’avais quelques heures à tuer, j’ai décidé de rejoindre la gare routière à pied. Mon itinéraire m’a conduit à la Cité internationale universitaire de Paris.

Un complexe universitaire enchanteur (c) Alain Demaret

De jolis bâtiments dans un parc rempli de verdure. On a vraiment envie de s’y attarder. Le complexe a été construit après la Première Guerre mondiale. Le but était de loger et rapprocher des étudiants de tous pays venus à Paris le temps de leurs études. Les bâtiments ont été construits de manière à symboliser un pays. D’autres sont résolument modernes alors que les dernières constructions sont plus durables.

Puis il y a le parc Montsouris. L’endroit est paisible. Il y a du soleil, de nombreuses personnes se reposent. C’est vrai que l’ambiance est plutôt reposante. Les allées sont larges. Les fleurs apportent de nombreuses touches de couleurs.

Paris, Parc Montsouris (c) Alain DemaretJe suis tenté de flâner, mais je vois que la rue de Tolbiac est toute proche. Cette rue m’est familière, un des romans de Léo Malet, mettant en scène le fameux Nestor Burma, se déroule à cet endroit. Je croise une pizzeria, j’en profite pour casser la croute. L’arrivée de deux anglophones à la table voisine me permet déjà de me dépayser un peu. Rassasié, je reprend mon trajet. Je croise une friperie où je m’achète un sweater, c’était prévu en Espagne, mais les 5 € affichés me font craquer.

Bercy, Gare des bus

Je continue vers Bercy. J’ai encore le temps de prendre un café dans un troquet, de profiter des toilettes et de me refaire une petite réserve d’eau. J’échange quelques idées avec la serveuse, puis avec le patron. Surprise, avant de partir un petit sachet avec des victuailles m’est offert. Je ne sais pas trop pourquoi. La coquille Saint-Jacques sur mon sac à dos peut-être.

Bus de nuit, sommeil gratuit, mais très léger

C’est déjà la fin de la journée. J’embarque dans le bus vert et orange de la compagnie Flixbus. Mon sac à dos étant de petite taille, je suis autorisé à le prendre à mes côtés. Cette précaution est précieuse à deux égards

Retour en busD’abord, je conserve mon sac à portée de main avec un accès à mes petites affaires personnelles. Je peux même plonger dans le casse-dalle que l’on m’a gentiment préparé dans ce café proche de la gare autoroutière. Si le café était cher, plus de trois euros pour un grand crème, le sandwich aux rillettes m’a été offert. Et comme une surprise ne vient jamais seule, il y avait aussi deux croissants et deux pains au chocolat. “Des invendus du matin“, m’avait précisé la gentille serveuse. Qu’à cela ne tienne, avec ma poche à eau pleine, j’avais de quoi tenir toute le nuit.

L’autre avantage, c’est que je n’ai pas eu de compagnon de route sur le siège voisin. Un confort que je dois en grande partie à la complicité du chauffeur de car. Qu’il en soit remercié.

Toujours est-il que passer toute une nuit dans un bus de ligne en espérant dormir est assez difficile. Après un premier arrêt assez bruyant, j’ai pu m’endormir vers 23h. Trois étapes sans me réveiller puis Pau et Lourdes où je suis en pleine possession de mes moyens. On arrive avec une petite dizaine de minutes de retard. Ce qui est négligeable sur un trajet de cette ampleur.

Au bar des PTT

Pour planifier le reste de la journée, je pose mon sac au bar des PTT. Je prends un grand crème, une vieille habitude prise quand je sillonnais la France en Auto-Stop. Assis à ma petite table, je tape la discute avec la patronne, je crois me souvenir qu’elle s’appelle Odette.

Le bar des PTT à Lourdes (c) Alain DemaretUn croissant pour accompagner le second café de la journée. Il est offert, celui-ci. Je sélectionne les effets à renvoyer chez mon père qui a accepté de recevoir mon courrier pendant mon absence. De l’autre côté de la route, il y a le bureau de poste. Je mets près de 2 kilos dans une boite pour un retour prématuré à la maison.

Odette au Bar des PTT (c) Alain DemaretIl est temps de me diriger vers la cathédrale Notre-Dame de Lourdes pour y prendre le vrai départ. Je salue Odette et me voilà en route sous une pluie battante. Ça commence bien !

La suite de mes aventures sur le chemin de Compostelle sera publiée un mardi sur deux à partir du 2 février 2021.

Ce nouvel épisode portera sur le trajet de Lourdes à Arudy, la premières étape de mon périple en territoire de France.

Comment partir ?

Pour toute information sur les possibilités de partir sur les différents chemins qui rejoignent Saint-Jacques-de-Compostelle, je vous invite à consulter le site : Les amis de Saint-Jaques-de-Compostelle. Vous y trouverez de nombreuses informations, des conseils pratiques, comment vous procurer une crédenciale et les dates des rencontres avec les candidats au pèlerinage.

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