De Lourdes à Arudy sous la pluie (c) Alain Demaret 2018

Compostelle 2 – Lourdes sous la pluie

Lourdes sous la pluie, voilà ce que je redoutais. Et en plus, il fait froid dans les Pyrénées. Voici une première réalité à laquelle je ne m’étais pas vraiment préparé.

En un coup d’œil

Si vous n’avez pas lu les raisons qui m’ont poussé sur le Camino del Norte vers Saint-Jacques-de-Compostelle, c’est ici que ça se passe. Idem pour un léger refresh.

Eh bien voilà, les deux cafés du Bar de la Poste ont été fort réconfortants, mais il faut se mettre en route. Au revoir Odette et bonjour le Chemin ! Je cherche ma première flèche jaune. Le plus simple c’est de rejoindre le Centre d’Information Jacquaire où j’espère trouver les adresses des gites qui jalonneront mes étapes françaises.

Déception, c’est en plein centre-ville que j’identifie le fameux bureau. Je me l’étais imaginé proche de la basilique… Qu’importe, là, je suis accueilli par trois personnes souriantes qui m’offrent… un café. Eh oui encore un ! C’est qu’il fait assez froid en ce vendredi matin. Les encouragements sont précieux, les informations précises sont rassemblées en deux petits feuillets que je ne prendrai pas. J’ai préféré retranscrire le plus utile sur mon carnet de route.

En quittant l’endroit, ma crédentiale reçoit son premier visa. Ensuite, un “Buen Camino” sonore ponctue mon retour sur la route. Une salutation que j’entendrai plus de mille fois au cours des trente prochains jours. Me voilà enfin sur le tracé du Camino avec ma première flèche jaune en vue.

Les flèches jaunes

Ce sont ces marques jaunes qu’il convient de suivre. Parfois, elles sont peintes à même un mur ou une potence d’éclairage. En forêt, on les cherche sur les arbres ou de gros rochers. On rencontre aussi une véritable signalisation, avec direction et distance à parcourir, mise en place par les associations jacquaires locales. Plus on avance et plus on trouve de signes.

Les flèches jaunes sur le Chemin (c) Alain Demaret 2018

Un conseil, si vous marchez pendant plus de vingt minutes sans voir de traces, renseignez-vous ou faites demi-tour pour retrouver un élément d’orientation sûr.

Le GR 78 en quittant Lourdes (c) Alain Demaret 2018On croise de plus en plus la coquille stylisée en jaune sur fond bleu “europe”.

C’est même parfois difficile de s’y retrouver. Certaines portions du chemin sont divisées. À certains moments, la variante propose un passage plus facile pour les moins sportifs… À d’autres endroits, la route se divise pour aller voir un site incontournable, un point de vue époustouflant ou simplement pour éviter un chemin boueux par temps de pluie. Autant vous dire que pour s’y retrouver, disposer d’un bon guide mis à jour est indispensable. J’avais opté pour le guide Rother – Camino del Norte.

La basilique Notre-Dame de Lourdes

Une petite accalmie s’est installée sur les Pyrénées. Un rayon de soleil perce même les nuages, comme pour m’encourager à me mettre en route pour de bon… Je prends la direction de la Basilique Notre-Dame. Très vite, les nuages sont de retour. Une petite pluie fine accompagnée d’un vent désagréable et mordant m’accompagne désormais. Je suis fier de mon chapeau Tilley, il me permet d’avancer avec un certain confort. Pas de pluie sur le visage et je garde les cheveux au sec. Quand on sait qu’à l’extérieur on perd une grande partie de sa chaleur corporelle par la tête, j’apprécie mon achat.

Notre Dame de Lourdes (c) Alain Demaret 2018Arrivé à la basilique, c’est décevant. La pluie rend le monument terne et les quelques parapluies déployés peinent à mettre un peu de couleur dans la photo.

La grotte de Bernadette

Je me suis donc dirigé vers la fameuse grotte où la Vierge serait apparue à Bernadette Soubirou. Même sentiment. Quelques pèlerins sont venus se recueillir ou toucher le rocher. ! Ils sont là pour la spiritualité du lieu, mais ce que l’on remarque avant toute chose, ce sont les barrières (que je n’ai pas cadré dans ma photo) et du personnel d’entretien. Un tel monument mériterait que l’on respecte ceux qui y viennent en visite. Les travaux de maintenance pourraient être réalisés en dehors des heures d’affluence…

La grotte de Lourdes (c) Alain Demaret 2018

Vraiment, j’ai vu Lourdes et je n’en garderai pas un souvenir impérissable. La ville possède autant d’attrait que bien des villes de province, c’est-à-dire très peu. La basilique et ses environs sont hyper touristiques, avec tout ce que cela comporte d’attrape-nigauds et d’aménagements peu esthétiques.

Je n’en ai pas vu assez du monument pour m’en faire une réelle idée, mais les attroupements de voyageurs m’ont un peu découragé de pousser plus avant la visite. En avant donc, c’est que j’ai un peu de route à tracer.

Premiers tampons sur la crédentiale

La nationale qui me conduit à Saint-Pé-de-Bigorre se montre assez dangereuse. Les six premiers kilomètres, je longe le gave de Pau, une petite rivière qui subit une petite crue causée par cette fichue pluie qui ne me quitte pas de la matinée. Par endroit, l’accotement est inexistant. Je suis obligé de marcher sur la chaussée. La route est étroite et le trafic circule, vite, dans les deux sens.

Lourdes-Arudy (c) ALain Demaret 2018Voici bientôt Peyrouse, puis Saint-Pé-de-Bigorre. J’ai froid et je me réfugie dans un bar à routier qui propose un plat du jour à une dizaine d’euros. J’avoue que la soupe aux légumes m’a réconforté au plus haut point. Pendant le repas, mon pantalon a le temps de sécher. La pluie aussi s’est arrêtée.

À Lestelle-Bétharram, je choppe un tampon pour ma Crédentiale, j’en fais de même à Asson. La pluie redouble. En moins d’une heure, je suis trempé jusqu’à l’os. Mais je n’ai plus froid. Marcher me réchauffe. Déjà près de quatre heures que je marche. J’arrive à Bruges, un petit clin d’œil à ma nationalité belge. Je me tâte, j’ai le choix entre pousser encore pendant une dizaine de kilomètres et me rendre au refuge paroissial d’Arudy ou rebrousser chemin.

En chemin

Le froid se fait de nouveau sentir, sans doute parce qu’il ne pleut plus. Un peu découragé, je me dis que j’aurais mieux fait de m’arrêter à Lestelle-Bétharram.

Compostelle - Lourdes-Arudy dans les nuages (c) Alain Demaret 2018

Une voiture me dépasse et se gare. Une dame d’une soixantaine d’années s’apprête à rentrer chez elle. Elle tourne la tête au moment où je passe devant son auto. “Vous allez à Saint-Jacques ?” Une question simple. Je n’ai pas vraiment envie de m’arrêter parce que j’ai peur de prendre froid. Mais la dame propose un chocolat chaud. Comment résister à ça ?

En quelques mots, me voilà à l’aise. La dame me raconte qu’elle voit souvent passer des pèlerins, mais qu’en cette mi-avril, je suis le premier. Elle a été couturière et me raconte la vie de la paroisse, persuadée que je suis sur la route pour des raisons mystiques. La conversation se poursuit jusqu’à ce que son téléphone sonne.

Elle doit se rendre à Arudy pour récupérer son petit-fils. Ni une ni deux ! Me voilà poussé dans la voiture. Il pleut, il fait froid et vous êtes trempé, ce ne sont pas dix kilomètres qui vous feront rater le coche. Qu’à cela ne tienne. Je me laisse faire. À Gernika, je récupérerai ces dix bornes (et un peu plus) en choisissant de prendre le raccourci qui consiste à prendre le train pour “sauter” le pont qui sépare la cité peinte par Picasso et.

Arudy

Me voilà lâché dans la banlieue d’Arudy. Oh ! C’est une toute petite ville, je n’ai pas de mal à retrouver le centre et l’auberge pèlerine tenue par le curé de la paroisse. Pas de chance, il n’est pas là et je caille des billes. J’essaie la caserne des pompiers, personne !

Véhicule des pompiers d'Arudy (c) Alain Demaret 2018

Retour vers le centre-ville où je m’arrête dans le premier bistrot venu. En fait de troque, c’est un salon de thé où je fais un peu tache (pas trop quand même, c’est assez rustique comme décor). Je commande une bergamote et tente de rappeler l’abbé du coin. Il décroche et me donne rendez-vous dans les cinq minutes au presbytère.

En réponse au ton énergique du bonhomme, j’avale mon thé brûlant et me pointe à l’heure à l’endroit prescrit. Arrive une de ces pièces d’homme, échevelé et à l’air nerveux. “Tu aurais dû me prévenir que tu arrivais. Maintenant que t’es là, tu m’accompagnes. On va faire les courses”. Comment rétorquer à ce malabar que j’ai froid et que je voudrais changer de vêtements ? Direction la grande surface du coin. Achats au pas de course et enfin, retour au bercail. Je peux enfin me changer, mais pas question de se faire servir. “Tu cuiras la viande, je ferai du riz”. Et quel riz ! Moi qui n’aime pas ça en général, je me vois servir un riz sauté à l’ail dont j’ai repris deux fois.

Une soirée mémorable

Quelle soirée nous avons passée ! Pierre, il s’appelle Pierre l’officier de Dieu, possède un chat dont il raconte les histoires dans un petit bouquin qu’il tente de vendre aux pèlerins de passage. Obnubilé par le poids de mon sac à dos, j’ai poliment repoussé l’offre. Mais ce gars est d’une érudition rare et c’est un vrai plaisir de passer quelques heures en sa compagnie. En anglais, il y a un proverbe qui dit : “Collect moments, not things”, c’est une de ces soirées où j’ai pu confirmer à 100 % ces mots sages.

Voilà pour ma première étape sur la route. Elle fut longue et pénible, mais je ne regrette rien. Passer de la vie trépidante que nous vivons au rythme de la marche a été très rapide.

Prochainement, un mardi sur deux, vous retrouverez mes tribulations de pèlerin.

L’étape en pratique

En général

Centre d’information jacquaire de Lourdes
Rue de Pau, 21a
65100 Lourdes
Tél. : 05.62.92.93.52

Logements

Accueil Notre-Dame de Bétharram
Place Saint-Michel Garicoïts, 1
Lestelle Bétharram
Tél. : 06.73.09.91.70
Gîte paroissial d’Asson
Laurence et Jean-Claude Loupy
Rue Bastide , 2
Asson
Tél. : 05.59.71.02.89
Maison paroissiale d’Arudy
Abbé Pierre Sallenave
Rue Baulong, 2
64260 Arudy
Tél. : 05.59.05.61.98

 

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