En quittant Espelette (c) Simon Pallard [Unsplash]

Compostelle 4 – À la conquête du col d’Osquisch

À la conquête du col d’Osquisch, cette troisième étape est simplement magnifique. J’ai rencontré mes premiers gros dénivelés et une petite frayeurs aussi. 

En un coup d’œil

C’est avec un tout petit pincement au cœur que je quitte ce magnifique village de l’Hôpital Saint-Blaise. Sans doute un des endroits les plus pittoresques où je me suis arrêté. Malheureusement; la route m’appelle. Je n’ai pas le temps de m’attarder. Je reviendrai sûrement visiter ce lieu pour m’en imprégner davantage. D’autant que la responsable de la chapelle me prédit une foule de choses à découvrir alentour.

Pour prendre le départ, je traverse le pont sur le Lausset, le ruisseau que je suivrai pendant une bonne partie de la matinée.

Mauléon-Licharre

Me voilà donc sur le chemin avec en ligne de mire ma première étape : Mauléon-Licharre et une douzaine de kilomètres à effacer. Le nom me semble familier. J’ai vu un reportage sur une des dernières usines françaises où on fabrique toujours d’authentiques espadrilles à la main. Je n’aurai malheureusement pas l’occasion de visiter cette entreprise familiale au savoir-faire inestimable.

Mauléon-Licharre (c) Alain Demaret

Décidément, ce Chemin de Compostelle aura vraiment raison de ma curiosité. Avancer coute que coute. En ce troisième jour à pied, je n’ai pas encore trouvé la sagesse de céder aux exigences du temps, mais ça viendra.

Marcher me rend jovial. D’autant que le soleil est en train de grimper dans le ciel des Pyrénées. En cette mi-avril, les matinées demeurent un peu fraîches et j’apprécie de pouvoir compter sur ces quelques chaleureux rayons de lumière.

Côté chemin, me voilà de nouveau sur des chaussées goudronnées qui traversent de minuscules communes au centre desquelles une église trône, invariablement. Heureusement, ce n’est pas la maigre circulation qui m’incommode.

Ma montre indique presque 10 h 30 quand je parviens sur la place de Mauléon. Il aura fallu cinquante ans pour que j’apperçoive enfin mon premier mur de pelote basque, le sport régional. Je suis ravis. Ne me demandez pas pourquoi, c’est une longue histoire.

Le mur de pelotte basque à Mauléon-Licharre (c) Alain Demaret

Presque en face du terrain de sport, une jolie terrasse ombragée me tend les bras de ses fauteuils en osier. Un écriteau précise que l’on y servait le petit déjeuner jusqu’à dix heures. En entrant dans la salle du bistrot, je constate qu’il reste des viennoiseries dans une corbeille sur le bar. Je négocie l’affaire. Retour en terrasse où je prends le temps de déguster un croissant, un pain au chocolat et un café, achetés pour une somme ridicule. Décidément, le statut de pèlerin préserve mes finances.

Café-croissants à Mauléon-Licharre (c) Alain Demaret

Les neiges pyrénéennes à l’horizon

Ces quelques minutes de repos sont mises à profit pour demander au patron de jeter un œil sur mon sac à dos. Je dois aller quémander un tampon pour ma crédentiale à l’office du tourisme tout proche.

Je quitte le troquet qui m’accueillait quelques minutes avant onze heures. De nouveau, le chemin se révèle magnifique. L’horizon me laisse sans voix. Là, au loin se dessinent les sommets enneigés des Pyrénées. D’un bon pas, je traverse des bourgades aux noms évocateurs. Garindein, Ordiarp, Musculdy. C’est dans ce dernier village que ça commence réellement à monter.

Sommets enneigés des Pyrénées (c) Alain Demaret

Musculdy marque le début du vrai dépaysement. J’ai hâte, mais le panorama, magnifique, m’empêche d’avancer plus vite que nécessaire. Je m’arrête pour acheter une baguette.

En quittant le hameau, une agricultrice m’interpelle, les bottes aux pieds et le sourire aux lèvres. “Vous êtes le premier marcheur de cette année“, s’engage-t-elle. S’ensuit une petite conversation sur mes origines et ma destination. Je lui demande un peu d’eau pour remplir mon CamelBag et elle me donne une grande bouteille d’eau minérale bien fraîche et une orange. “Merci madame“.

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En avril, les fenils sont vides (c) Alain Demaret
Peu de circulation de très bon matin (c) Alain Demaret

Des moutons sur la route

Un peu plus loin, je me pose dans un sentier encaissé qui mène à un pré de moutons pour casser la croute. La baguette toute croustillante et le reste de saucisson de la veille y passent. Et avec ça, je me régale d’une orange et de l’eau bien froide de la fermière. Simple, facile, mais terriblement efficace. C’est avec l’estomac bien calé que je reprends la route.

Me voici parti à la conquête du col d’Osquisch qui pointe à 495 mètres d’altitude. Plus de trois cents mètres de dénivelé m’attendent sur les cinq prochains kilomètres. C’est escarpé, mais ça va. Je débute d’un bon pas. Soudain, un bruit de moteur. Je colle à gauche. Mais ce n’est pas une voiture qui me dépasse, c’est un mouton, puis un autre… En me retournant, j’apercevoir tout un troupeau, dense et compact. Une centaine d’ovins me rejoignent.

Je me réfugie sur le bas-côté, à droite, pour éviter la bousculade. Je ne suis absolument pas préparé à cette rencontre. Les brebis occupent toute la route. Le chemin est tracé en lacets. Je n’ose imaginer le carnage si une voiture devait se présenter en sens inverse. D’autant que le berger se tient à l’arrière, confortablement installé au volant d’une estafette sur la… droite de la chaussée. Ce sont les bêtes de tête, les meneuses, qui commandent cette masse blanche et galopante vers l’enclos en suivant un parcours qu’elles connaissent sans doute par cœur.

Des moutons dirigés par un berger en voiture (c) Alain Demaret

Perdu dans les estives

Je continue de monter. La pente est de plus en plus raide. Plutôt que de passer par le ruban de tarmac, je décide de filler tout droit à travers les prairies. Ailleurs on parle d’alpages, ici, dans les Pyrénées, ce sont des estives. C’est plus escarpé, mais bien plus joli. Je commence à peiner dans l’effort. Pris par le rythme du troupeau, je me suis laissé entraîner dans un pas trop soutenu. Le poids du sac se fait aussi sentir, il me reste plus de deux litres d’eau. Je n’ai pas encore appris à ménager mon corps et j’ai parcouru ces derniers kilomètres beaucoup trop vite.

À travers les prairies (c) Alain Demaret

À travers champs, marcher est plus confortable. L’herbe amortit chaque foulée. Mais je rencontre des clôtures en fils de fer barbelés. Alors, je tente de passer par les barrières, cela m’occasionne parfois de désagréables détours. Je rencontre aussi des chardons. Mais la ligne droite est de loin plus courte que les lacets de la nationale. Je me crois perdu, mais je n’ai qu’à me diriger vers le sommet de la côte.

À cause de l’effort, j’ai soudain très chaud. Je suis même en sueurs. Mais le vent constant me garde plus ou moins au sec. Enfin, au prix d’une lutte raisonnable avec la montagne, j’atteins la crête. Une fois celle-ci franchie, cela redescend aussi fort que cela avait monté. Me voilà dans les traces des véhicules agricoles qui entretiennent ces estives. Ce sentier rejoint la nationale que j’avais quittée une demi-heure plus tôt. J’ai économisé environ trois kilomètres grâce à ce raccourci aux somptueux paysages. En contrebas, un nouveau village. Mais la grand-route n’y passe pas. Moi non plus.

Tenté par l’Autostop

Le ruban, de béton forme un large virage. Il est bordé d’une aire de repos. Je rencontre un couple de Néerlandais qui voyagent en mobilhome. Je crois que je suis plus rouge d’une betterave. Ils ont pitié de mon air penaud et fatigué. Me voilà avec une nouvelle orange et une banane en main. Je les partage en leur compagnie.

Le conducteur du van me propose de me déposer dans la vallée en voiture. J’avoue être tenté par ce petit bout d’autostop. Mais je me reprends. J’ai choisi de marcher. C’est ma décision, je ne vais pas me laisser abattre après juste une petite côte de rien du tout.

 

La suite de cette étape mouvementée me conduira là où je ne voulais pas aller et me fera gagner une demi-journée de marche. Mais ça, c’est une autre histoire que je vous raconterai dans quelques jours.

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